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4. Pourquoi un algorithme ?
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" Lart de lépoque moderne le grand
Leonhard Euler de Bâle la un jour calculé pour laccord
de septième se distingue de tout art antique par cette
relation, aussi cachée que fondamentale, à une algèbre. Les Grecs
ou les Romains nauraient pu noter ni calculer la définition
du demi-ton comme racine douzième de deux, simplement parce quils
navaient pas de notion des nombres réels. Ce quAdorno
nomme le matériau dans sa théorie de la musique a toujours une
organisation algorithmique, dune manière très visible ou
audible."
Friedrich Kittler
Ces uvres ont été crées à laide dun algorithme
qui intègre la vision du monde de la pensée scientifique ainsi que de la
philosophie contemporaine.
Ce texte vise à montrer comment lintégration de la pensée davant
garde a toujours été le propos de lart réellement contemporain
à travers lhistoire.
Pour sen tenir à la période moderne et en commeçant par la Renaissance,
on sait que la peinture a franchit un grand pas avec la perspective
linéaire. Cette dernière na été possible que grâce à la formulation
mathématique quen a fait Brunelleschi. La Renaissance est généralement
tenue comme le début de ce que lon appelle la période moderne
de la civilisation occidentale. Celle-ci fut en effet le précurseur
de la naissance de la philosophie des Lumières ainsi que des sciences
dites objectives.
Ce nest pas un hasard si les arts ont dus eux aussi suivre le
mouvement de la rigueur en prenant à leur compte la nouvelle vision
du monde qui était proposée aussi bien au niveau astronomique par
Gallilée quau niveau corporel par Vésale.
Les artistes ont commencé à travailler avec une exigence qui navait
plus eu cour depuis la Grèce Classique. Les artistes de la Renaissance
ne faisaient cependant pas un art de représentation de ces découvertes
scientifiques ou techniques, mais les mêmes processus étaient employés
afin darriver à de plus satisfaisantes représentations du monde.
Il sagissait pour eux de reprendre à leur compte la rigueur
dans lobservation et la dépiction de lespace.
Que lon pense à Léonard de Vinci et à la nette séparation quil
entretenait entre ses calculs mécaniques et ses peintures, pourtant
indissossiables dans leur construction. Dürer était quant à lui un
fervent adepte de "machines" afin de copier la réalité sans
cependant jamais les introduire dans son uvre ni sans jamais
rendre ses tableaux dapparence machinée.
La Camera Obscura a été un outil favori des artistes après la Renaissance,
ce qui a indubitablement mené aux fêtes de Wermer. Il est intéressant
de noter à ce sujet quil est difficile de savoir sil a
jamais utilisé une de ces Camera Obscura afin de peindre ses tableaux.
Ceci montre justement que ce nest pas la question dutiliser
la technologie de pointe qui est importante, mais plutôt den
saisir les potentialités que lon peut alors tourner en sa faveur
sans même faire usage de toutes ces machines.
Limportant nest pas le litéral mais la démarche, le processus.
Bien plus tard, lorsque la photographie fut inventée, son impact en
peinture ne fut pas long à se faire attendre. Les monotypes et pastels
de Degas sont lexemple même dune réaction enrichissante
de prise en compte des possibilités offertes par la photographie.
L'intensification du clair obscur, le cadrage, la sur-exposition,
les compositions, tout cela découle de lintérêt que portait
Degas à la photographie.
Quant à Monet et tout son travail autour de limpact et les fluctuations
de la lumière sur la nature, la pierre des cathédrales ou bien leau,
montre ici encore que le challenge posé par la photographie a semblé
être directement relevé.
Lorsque le cinéma est apparu, la peinture était prête encore à relever
le défi. Il sagissait alors de prendre en compte le mouvement,
la représentation de différents objets sous différents angles dans
le temps. Lémergence du cubisme et du futurisme répondit implicitement
à cette nouvelle gageure à travers la représentation de différents
espaces-temps dans un même tableau pour le cubisme, et du mouvement
pour le futurisme.
Inséparable de ces mouvements sont aussi les plus récentes découvertes
en physique à propos de la relativité, la quatrième dimension et la
naissance de la physique quantique. Ces dernières révélaient des mondes
impensables auparavant. Que quelquun comme Duchamp ait été si
bien informé de tout ceci nest pas étonnant.
Un lecteur assidu de Poincaré, il était naturel pour lui dintégrer
tout cela dans son travail. Pour dautres, comme pour les cubistes
par exemple, il sagit plus de Zeitgeist que dinformation,
ce qui va encore une fois dautant plus dans le sens de cette
thèse.
Lorsque la télévision est devenue la fenêtre sur le monde, la peinture
a encore une fois changé de façon profonde. Lon pense à Pollock
et à lAbstract Expressionism, à la façon de traiter la toile
de manière "all over," avec frénésie, comme le tube cathodique
bombardé délectrons. Lidée daction de lAction
Painting est là pour contrebalancer de manière humaine cet objet technologique
froid tout en mimant par la peinture et le dripping, la rapidité et
linstantanéité de la diffusion par les ondes.
Enfin, la Vidéo et les premiers ordinateurs ont été largement pris
en compte par lart conceptuel basé de façon générale sur des
installations de photos. La cybernétique lançait définitivement lart
sur la question du quoi et pourquoi? plutôt que le comment?
tel que montré par Kosuth.
Aujourdhui la gageure réside dans un système de communication
qui existe à léchelle planétaire et qui pour la première fois
abandonne lidée de centralisation et son fonctionnement de un
vers tous pour choisir à la place, le polycentrisme, où il ny
a plus de centre propre, et où linformation circule de tous
vers tous.
Un système basé sur lidée de rhizome plutôt que lidée
de grille, un système qui se construit toujours, fragmenté, hétérogène
et complexe. Il semble nécéssaire alors de répondre avec imagination
à tous ces défis dans un art qui saura saffranchir des vestiges
du passé tout en sachant rester critique.
Les travaux que je présente tendent dans cette direction. Comme toujours,
il sagit de similarité de processus comme, par exemple, lutilisation
dun algorithme pour traduire des nombres
aléatoires en formes. Ceci évoque tout de suite le numérique qui est
le moyen adopté par ces nouvelles technologies pour traduire les images
en nombres et vis-versa.
Moyen qui remplace lancien procédé analogique ou éidétique.
Leur apparence est fragmentée au lieu dêtre unie, ils nont
pas de centre précis ni aucune hiérarchie dans leur composition, permettant
ainsi une richesse de sens. Ils sont incomplets et indéterminés attendant
quun observateur les configure dans une composition particulière.
Lartiste nest plus le créateur egotiste mais juste un
indicateur, donnant la possibilité aux observateurs dêtre partie
prenante de la création du sens de luvre, attendant également
de cette expérience des découvertes nouvelles. Le langage utilisé
nest pas basé sur lidée de syntaxe mais plutôt de parataxe.
Ce qui est à prendre nest pas soit dans une partie ou une autre
ou encore dans leur relation, cest nimporte où et partout
à la fois. Dans les vides et les pleins. Tout étant possible.
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