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instantanés de chaosmoses

2. Introduction
"Tout ce qui existe dans l’univers est le fruit du hasard et de la nécéssité."
Démocrite.
Tout un processus de transformation, de création de formes à partir de l’aléatoire est mis en œuvre afin de créer des métaphores de la nature et de la pensée. Bien que ce soit d’abord l’aspect visuel qui révèlera cette vision du monde, c’est le processus qui évoquera le mieux cette dernière. Il existe un parallèle entre la manière dont ces œuvres ont été crées et la façon dont sont décrites la pensée ou la nature. L’on peut parler de métaphore philosophique dans le sens où ces œuvres sont crées d’une manière similaire à celle dont les concepts sont inventés selon Deleuze-Guattari. "La philosophie est un constructivisme, et le constructivisme a deux aspects complémentaires qui diffèrent en nature : créer des concepts et tracer un plan." Deleuze-Guattari Les concepts sont tirés du plan d’immanence qui est lui-même jeté sur le chaos : "Les concepts sont des surfaces ou volumes absolus, difformes et fragmentaires, tandis que le plan est l’absolu illimité, informe, ni surface ni volume, mais toujours fractal." "Les concepts philosophiques sont des touts fragmentaires qui ne s’ajustent pas les uns aux autres, puisque leurs bords ne coïncident pas. Ils naissent de coups de dés plutôt qu’ils ne composent un puzzle." "Le plan d’immanence n’est pas un concept pensé ni pensable, mais l’image de la pensée, l’image qu’elle se donne de ce que signifie penser, faire usage de la pensée, s’orienter dans la pensée..." Deleuze-Guattari Mêmement, des formes et des lignes ont été tirées d’un plan/lacis jeté sur le chaos. Ce lacis a été tracé en traduisant à l’aide d’un algorithme des tables de nombres aléatoires. Bien que déjà un début d’organisation, ce lacis reste ancré dans le chaos d’où Chaosmos. Le processus d’extraction/création de formes est alors la Chaosmose. "Ne sommes-nous pas condamnés à tenter de tracer notre propre plan, sans savoir lesquels il va recouper ? N’est-ce pas reconstituer une sorte de chaos ?" Deleuze-Guattari Le rapprochement entre ces deux façons d’organiser des formes et des concepts n’est après tout pas si étonnant que cela. "C’est que le concept comme tel peut être concept d’affect, autant que l’affect, affect de concept. Le plan de composition de l’art et le plan d’immanence de la philosophie peuvent se glisser l’un dans l’autre, au point que des pans de l’un soient occupés par des entités de l’autre." Deleuze-Guattari Ces travaux fonctionnent comme de réelles métaphores philosophiques. Pas à pas l’on suit la création du plan d’immanence, la création des concepts qui finissent par se recouper et leur organisation. Ce que le processus révèle par ailleurs sous forme de métaphore épistémologique c’est le parallèle qu’il présente avec les observations de la science en physique ou biologie sur la naissance de l’ordre à partir du chaos, ou encore comment la nature arrive à plus d’information grâce au "hasard et à la nécéssité" à partir du brouillage qui guette sans cesse. L’apparition d’ordre à partir du chaos est aujourd’hui mieux comprise. Lorsqu’un système se trouve dans une situation instable, loin de son état d’équilibre, des structures désorganisées le constituant peuvent commencer à s’organiser localement. "Les procesus irreversibles permettent l'apparition de l'ordre - d'où le titre Order out of Chaos . Ce sont les processus associés à l'aléatoire, l'ouverture qui mènent à de plus hauts degrés d'organisation, telles les structures dissipatives." Prigogine-Stengers Cela peut être attribué au hasard qui en entrant en jeu, ici comme ailleurs, permet de passer des nœuds de bifurcations de manière innattendue et conduire ainsi le système dans une direction également inattendue. A chaque fois qu’une bifurcation se présente, deux choix au moins sont possibles menant à au moins deux états différents. Le hasard joue ici un rôle très important car plus le système est instable, plus le hasard intervient et plus le résultat du passage de la bifurcation sera inattendu. "Passer une bifurcation est un processus stochastique." Prigogine-Stengers Cela ressemble bien sûr encore fortement à la manière de tracer et découper les formes sur le lacis. A chaque point d’intersection sur ce lacis, les tables de nombres aléatoires sont requises pour savoir quelle direction prendre. La réponse étant donnée par un algorithme à chaque fois différent selon la série de travaux. Un processus qui fait donc appel au hasard sur une ligne déterminée. Quant à la biologie moléculaire, l’on sait depuis le fameux livre de Monod comment les gènes ont évolué et se sont organisé en fonction du "hasard et de la nécéssité."