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instantanés de chaosmoses

3. une morphogenèse stochastique sur le Chaosmos
"Ce qui définit la pensée, les trois grandes formes de la pensée, l'art, la science, et la philosophie, c'est toujours affronter le chaos, tracer un plan, tirer un plan sur le chaos." Deleuze-Guattari Ces travaux ont été conçus comme représentations du regard que porte l’artiste sur le monde. Un regard qui unit intuition et raison, les liant dans un mouvement continu. Ce regard se révèle non seulement dans la forme des œuvres mais aussi et surtout dans le procédé qui a été utilisé. Ce procédé combine hasard et nécéssité en une boucle productive suivant en cela l’apparition de l’ordre à partir du chaos ou bien des concepts à partir du plan d’immanence. "Les procesus irreversibles permettent l'apparition de l'ordre - d'où le titre Order out of Chaos . Ce sont les processus associés à l'aléatoire, l'ouverture qui mènent à de plus hauts degrés d'organisation, telles les structures dissipatives." Prigogine-Stengers "Le personnage conceptuel et le plan d'immanence sont en présupposition récproque. Tantôt le personnage semble précéder le plan , et tantôt le suivre. C'est qu'il apparait deux fois, il intervient deux fois. D'une part, il plonge dans le chaos, il en tire des déterminations dont il va faire les traits diagrammatiques d'un plan d'immanence : c'est comme s'il s'emparait d'une poignée de dés, dans le hasard-chaos, pour les lancer sur une table. D'autre part, à chaque dé qui retombe il fait correspondre les traits intensifs d'un concept qui vient occuper telle ou telle région de la table, comme si celle-ci se fendait suivant les chiffres." Deleuze-Guattari Un lacis/toile appellé Chaosmos a été tracé à partir de nombres aléatoires et d’un algorithme. Ce Chaosmos est déjà un début d’organisation du chaos de l’aléatoire, ce qui est suggéré par son nom (inventé par J. Joyce in Finnegans Wake.) De cette toile sont tirées des formes en fonction d’un autre algorithme qui celui-ci est chaque fois différent selon la série de travaux envisagée. Ces formes et lignes sont alors des arrêts sur image ou "instantanés de chaosmoses". La chaosmose est le processus de création de formes encore indéterminées. "La philosophie est un constructivisme, et le constructivisme a deux aspects complémentaires qui diffèrent en nature : créer des concepts et tracer un plan. Les concepts sont comme les vagues multiples qui montent et qui s’abaissent, mais le plan d’immanence est la vague unique qui les enroule et les déroule. Le plan enveloppe les mouvements infinis qui les parcourent et reviennent, mais les concepts sont les vitesses infinies de mouvements finis qui parcourent chaque fois seulement leurs propres composantes." Deleuze-Guattari Wittgenstein disait que : "Ce sur quoi l’on ne peut parler, là dessus il faut rester silencieux." Il me semble que c’est justement alors que les arts plastiques se doivent d’entrer dans la danse. Les arts visuels n’ont ni lexique ni syntaxe fixes. Cela leur permet d’explorer toute terra incognita. C’est ainsi qu’a été tentée une représentation du monde dans ses plus diverses expressions et sans se fixer à un niveau plutôt qu’un autre. Ces travaux ont souvent recoupé des observations faites en philosophie ou en science, bien qu’arrivant là indépendamment et intuitivement. Tout ceci est certainement possible de par l’utilisation de tout ce qui en arts plastiques permet d’aller au delà du connu. Les paradigmes du rhizome, polycentrisme, complémentarité, hétérogénéité et complexification ont remplacé ceux de grilles, centre, dualité, homogénéité et réduction. Egalement, en lieu et place du principe analogique, éidétique de traduction des images, un procédé digital, numérique a permis de transformer percepts, affects et concepts en formes et contenus à travers algorithme et nombres aléatoires. Ce procédé encore une fois n’a pas été inventé afin d’être à tout prix digital, mais découle d’un long intérêt dans l’aléatoire. C’est le résultat d’une démarche intuitive qui se révèle toujours plus efficace que la volonté d’être contemporain en art. "L’image contemporaine se caractérise précisément par son pouvoir générateur; elle n’est plus trace (rétroactive), mais programme (actif)." N.Bourriaud "La photo est l’enregistrement travaillé d’un impact physique, tandis que l’image numérique ne résulte pas du mouvement d’un corps, mais d’un calcul." P. Lévy Enfin ces œuvres sont "ouvertes", elles sont laissées incomplètes et requièrent toujours l’intervention d’un tiers pour leur composition. L’artiste n’a pas le dernier mot qui est laissé à l’observateur dans une volonté d’aboutir a un rapport plus riche entre l’artiste et le public en diminuant la part de l’ego de l’artiste et accentuant l’importance d’alter ("alteré ego").